LE ROYAUME DES VIVANTS " Ceux qui en sont les citoyens se reconnaissent à leur passeport universel qui est une certaine façon de souffrir, de rire, de se bousculer, de s’aimer, de se battre ou de s’embrasser, de gémir, de hurler, d’être heureux... à une certaine façon de mourir aussi quand il le faut. C’est aussi le Royaume de l’Aventure... " Je les ai rencontrés, ces vivants, bien avant leur naissance : Baldur et Wolfram dans les forêts profondes du Westerwal au 5e siècle de notre ère... Et Etienne le berger de Cloyes, se présentant à douze ans au roi Philippe-Auguste avec une lettre signée du Christ qui lui vaudra de partir pour la croisade et d’y mourir... Et cet Eric, prince blond à la gourmette étrange, qui se rendra au rendez-vous tragique dans le château des roses. Et les Ayacks qui patrouillaient sur ma rivière, fouillant les villages de Franche-Comté les soirs d’orage... Des forêts canadiennes à la rivière ThaÏ, des terres balkaniques défendues par Zora aux rues brûlantes de Budapest où se battent les enfants qui ne veulent pas céder, de la clairière aux Wapitis aux torrents yougoslaves... ils ont lutté, ils ont souffert, ils ont aimé. Et j’ai lutté, et j’ai souffert et j’ai aimé avec eux. " Cinquante, cent bons compagnons m’ont rejoint depuis longtemps et ensemble ont bâti d’un même coeur cette cathédrale de papier aux couleurs châtoyantes, qui, malgré sa fragilité apparente, allait se révéler capable de défier l’adversité. Véritable forteresse, plus forte que la citadelle des Tartares, comme elle battue par un ennemi sournois et invisible, elle allait s’emplir de jeunes combattants qui se renouvelleraient de génération en génération, sans perdre un pouce de leur taille ni de leur fierté... Aujourd’hui, tous les héros sont là, parfois cachés mais toujours vaillants. La Forêt telle que l’avait annoncée et admirée Ernst Jünger, la forêt refuge et régénération, source de l’éternelle jeunesse, est là aussi. Elle enferme symboliquement tous les éléments de notre survie. " Jean-Louis FONCINE
PIERRE JOUBERT " Quand je regarde des photos remontant au début de ce siècle, je suis frappé par la laideur tranquille, inconsciente, toute naturelle en somme, à la fois des visages, des vêtements et des corps... Pierre Joubert a contribué de façon décisive à cette esthétique de l’adolescence... Il y aurait toute une analyse amusante et fructueuse à faire des détails inventés et accumulés par lui pour parvenir à cet "archétype" de l’adolescent que nous connaissons, traits non seulement vestimentaires, mais posturaux et même physiques. Bien entendu, cette esthétique comporte, comme toute esthétique, une philisophie implicite. L’adolescent joubertien, comme l’Emile de Rousseau, est un être parfait : il n’a ni passé, ni avenir, ni métier, ni milieu... L’adolescent joubertien est éternel et inaltérable. Ce qui fait la force de cette oeuvre, c’est l’absolu qui l’habite." Michel TOURNIER